Des noeuds d’acier (2013) – Sandrine Collette

La métamorphose

[Hasard du calendrier, j’achève ce livre après avoir regardé l’émission « Dans les yeux d’Olivier » qui revient sur des témoignages bouleversants de personnes qui ont frôlé la mort. Deux d’entre elles ont été séquestrées et violentées de façon barbare, et elles racontent leur retour à la vie après le drame. Ce livre a fait douloureusement écho à ce roman, à plus d’un titre]

J’emprunte le titre de Kafka pour ma critique car ce livre, c’est finalement beaucoup ça : la métamorphose de l’homme en chien, par le joug atroce, arbitraire de deux psychopathes. Théo sort de prison. On comprend peu à peu son histoire personnelle, mais au départ, difficile de s’attacher au personnage tant celui-ci semble dénué d’empathie, cruel, insensible. Le lecteur le suit quand même loin dans une campagne isolée, géographiquement non identifiée pour plus d’universalité, où il va faire de mauvaises rencontres qui vont faire basculer son existence et remettre son humanité en question. Je ne veux pas en dire trop sur ce thriller absolument époustouflant : j’avais déjà beaucoup aimé « Un vent de cendres » du même auteur, dont j’avais déjà noté la plume gracieuse, les belles descriptions, le sens du détail, la finesse psychologique des personnages, la parfaite maîtrise des nuances et du suspense.

Là, pour son premier roman, je dirais même que Sandrine Collette est un cran au-dessus : j’ai rarement lu un thriller à la fois si épouvantable et si bien écrit. On y trouvera une réflexion profonde sur la liberté, le courage, le temps qui passe, la destruction du sentiment d’appartenir à l’espèce humaine (qui, à plusieurs reprises m’a rappelé « Si c’est un homme » de Primo Levi, c’est dire l’envergure de ce récit !), une certaine ode à la contemplation et au renoncement, mais aussi, bien sûr, de terribles moments de barbarie et de bestialité d’un réalisme foudroyant qui me hanteront bien longtemps. Un huis-clos noir, oppressant, glauque, étouffant, d’une cruauté absolue – avec ça et là des trouées de lumière d’une force quasi-mystique : extraordinaire et surtout, rare.

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Qui suis-je ? Voilà une question difficile à répondre.



Je suis une femme, une mère, une Française, une fille, une amoureuse, une attachée de presse freelance et aussi (et peut-être surtout) : je suis une lectrice. Les livres ont fait bien plus que m’accompagner, me tenir compagnie, bien plus que me sauver du désespoir. Ils m’ont façonnée, ils ont sculpté ma sensibilité, mon âme, ma culture. Ils m’ont faite telle que je suis, je suis le résultat vivant de mes lectures. Ils m’ont tout appris de la vie, de l’amour, des cahots du destin, du courage qu’il faut pour exister. Je pourrais vivre sans écrire, mais je ne pourrais pas vivre sans lire, j’appellerais ça vivre à moitié.

A l’époque difficile, tendance totalitaire, qui est la nôtre, les pages sont plus que jamais indispensables. En 1920 déjà, l’écrivain André Suarès prophétisait que le livre serait « le dernier refuge de l’homme libre » : une affirmation plus que jamais d’actualité.

Et que je compte bien défendre.

Anaïs Lefaucheux
Critique & conseillère littéraire

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