Manifeste souverainiste
Ce formidable essai de 2010, qui brosse un vaste tableau historique et géopolitique de l’Europe (avec de remarquables analyses sur la Russie et la Chine, qui semblent taillées pour 2023)
… donne quand même un petit peu envie de pleurer.
Face au gâchis monumental et à l’arnaque de « l’Union européenne »
Face aux trahisons et aux magouilles des politiques
Face au dévoiement constant des principes de la Vème République
Face au piétinement de la Constitution
Face à la génération de dirigeants qui ne sont plus, au mieux que des vendeurs de tapis, au pire des corrompus de la pire espèce.
Par cet essai d’une clarté de cristal, Marie-France Garaud, grande femme politique proche de Chirac et souverainiste convaincue, enfonce les derniers clous dans le cercueil de la construction européenne- et c’est à la fois un régal et un accablement. Elle balaie les grands événements du XXème qui jalonnent l’émergence de ce « rêve européen » qui n’était autre in fine que la mise sous tutelle américaine de notre continent. Elle revient sur l’Histoire géographique de ce dernier, s’intéresse beaucoup aux relations entre la France et l’Allemagne (et ô combien nos intérêts divergent !), en montrant que cette dernière devait être le grand (et unique) vainqueur de l’UE. Jean Monnet et Schuman (et leurs manigances) face à De Gaulle, l’homme à abattre, le « seul obstacle à l’intégration des états européens » dans une organisation liée aux États-Unis.
« L’Etat se meurt, vive l’Europe ! »
Il fallait détruire les États nations afin qu’ils puissent être englobés (digérés) plus facilement par la superstructure supranationale qu’allait devenir l’UE. Il fallait dissoudre les cultures et les peuples, que rien ne demeure d’ancré de la France éternelle, arracher les enracinements, détruire tous les particularismes. N’en faire plus qu’un vaste marché de con-sommateurs. Ah, ce traître de Jean Monnet, affilié à toutes les coteries anti-France (CFR et cie), Monnet l’américain et ses coups de couteau dans le dos du Général…
Son rêve de « rationalité supranationale » ? « Instaurer une sécurité collective fondée sur l’intégration des économies nationales et le transfert par les États de leur souveraineté à des organismes supranationaux liés aux États-Unis, comme l’OTAN. »
180 pages pour tout comprendre de l’actualité (notamment entre la Chine et la Russie) et du bourbier « apatride » européiste, cette fumisterie orchestrée par les USA qui est en train d’achever l’effondrement du continent. L’essai est organisé en trois grands chapitres :
I) Les ambiguïtés de la construction européenne (comme nous avons écrasé les principes de notre Constitution en y entrant !) : La fulgurante renaissance de l’Allemagne ; Deux peuples, deux Europe ; Maastricht, un marché de dupes ; La souveraineté française muselée ; La souveraineté allemande instituée ; Du déséquilibre des rapports de force
II) Aux sources de l’affaissement français : Les années d’illusion ; La démocratie chrétienne et l’Etat ; La responsabilité majeure de Jean Monnet ; Washington joue l’Allemagne ; Une France souveraine et redressée (ça n’aura pas duré longtemps..)
III) La roue tourne : Le retour de la Russie ; les leçons de Rapallo ; La longue mémoire chinoise ; Le réveil eurasiatique
Revigorant intellectuellement et porteur d’espoir malgré tout, ce livre de Marie-France Garaud devrait être distribué à chaque Français afin de lui donner à réfléchir sur la situation de son pays : sommes-nous vraiment les ennemis de la Russie ? Doit-on continuer à faire la leçon à la Chine ? La France se porte-t-elle mieux depuis qu’elle est dans l’UE ? Quid du « couple franco-allemand »?
Heureusement, Marie-France Garaud nous laisse un espoir :
Aucune tentative des fédérateurs n’a au cours des siècles obtenu des pays qu’ils renoncent à eux-mêmes (…) toute centralisation arbitraire provoque immanquablement la virulence des nationalités.
Elle n’hésite pas à tacler la mort de la diplomatie occidentale (qui n’est plus que commerce et hypocrisie), interroge la stature des dirigeants actuels européens et leurs volontés profondes (clairement pas le bien commun), le sens des mots (« le langage à son tour se corrompt »), la déliquescence de la culture, le règne des partis de gouvernement (contraire à « l’esprit de ce qui a été voté en 1958 »)…
Enfin, elle raille ces appels permanents à la mémoire de De Gaulle :
On n’aura jamais autant salué le Général en commémorations que depuis l’abandon de toutes ses leçons. On n’aura jamais autant invoqué ses principes depuis qu’ils sont tellement oubliés.
Un essai qui est une ode à la connaissance et à la (prise de) conscience historiques et géopolitiques, et qui appelle l’Europe en général, et la France en particulier, à l’humilité devant les autres continents et nations- faute de quoi nous disparaîtrons, par hybris et entêtement (c’est exactement ce qui arrive aujourd’hui) :
Ayons, nous aussi, le courage de la lucidité et battons-nous. Prenons garde que notre suffisance et notre aveuglement ne nous conduisent à nous laisser distancer dans l’éternelle confrontation des civilisations.
Un manifeste souverainiste brillant, d’utilité publique – un ouvrage plus que jamais indispensable actuellement.