Le meurtre du Commandeur (2017) – Haruki Murakami

Peindre et faire l’amour

C’est l’histoire d’un narrateur sans prénom, portraitiste de son état qui, à la suite d’une séparation, se retrouve à s’installer dans la maison isolée d’un ancien peintre, père d’un ami rencontré aux Beaux-arts. Nous suivons d’abord ce personnage errant en voiture de ville en ville, ne sachant trop où aller, croisant différentes personnes et qui finit par atterrir dans cette petite baraque au fin fond de la montagne japonaise.

Là, le narrateur va trouver le chemin vers l’inspiration, par le truchement de rencontres, hasards et mystères qui en disent long sur la psyché extrême-orientale. J’ai particulièrement aimé le réalisme magique tel que traité par Murakami, avec cet homme pudique et taiseux, créatif et observateur, qui va peu à peu communiquer avec des dimensions surnaturelles. Sa découverte d’un tableau inconnu caché dans le grenier lui ouvrira la porte de mondes insoupçonnés. La manière dont l’auteur brosse le quotidien minimaliste de son personnage, fait d’écoutes d’opéras, de bains, de cognac et de conversations profondes, m’a énormément séduite. J’ai également beaucoup goûté la beauté de la traduction qui permet de savourer toute la poésie des descriptions, le personnage étant toujours très attentif aux moindres variations métrologiques et aux chants et passages des oiseaux qui s’ébrouent dans le paysage environnant.

Étrange fosse à l’arrière de la maison, bruits nocturnes, mystérieux voisin, Strauss, Mozart et peinture nihonga sont autant d’éléments qui offrent à ce texte une résonance fantastique et spirituelle très réussie.

Odyssée existentielle et initiatique, ce « Meurtre du Commandeur » se dévore (malgré ses deux tomes de plus de 500 pages chacun) et on quitte à regret cette ambiance étrange, poétique et onirique, qui marquera profondément tout lecteur.

Chaudement conseillé !

Pour quelle raison avais-je eu soudain l’idée de faire cette peinture ? Je ne parvenais pas moi-même à en découvrir le sens et le but. À un moment, j’avais eu un désir irrépressible de peindre cette Fosse au milieu du bois. Je ne pouvais le décrire autrement. Cela arrive parfois. Quelque chose – un paysage, un objet, une personne- me saisit tout simplement le coeur, d’une façon tout à fait pure, si bien que je prends un pinceau et me mets à le peindre. Sans qu’il y ait à cela une signification ou un but. C’est une sorte de caprice.

 

 

Qui suis-je ? Voilà une question difficile à répondre.



Je suis une femme, une mère, une Française, une fille, une amoureuse, une attachée de presse freelance et aussi (et peut-être surtout) : je suis une lectrice. Les livres ont fait bien plus que m’accompagner, me tenir compagnie, bien plus que me sauver du désespoir. Ils m’ont façonnée, ils ont sculpté ma sensibilité, mon âme, ma culture. Ils m’ont faite telle que je suis, je suis le résultat vivant de mes lectures. Ils m’ont tout appris de la vie, de l’amour, des cahots du destin, du courage qu’il faut pour exister. Je pourrais vivre sans écrire, mais je ne pourrais pas vivre sans lire, j’appellerais ça vivre à moitié.

A l’époque difficile, tendance totalitaire, qui est la nôtre, les pages sont plus que jamais indispensables. En 1920 déjà, l’écrivain André Suarès prophétisait que le livre serait « le dernier refuge de l’homme libre » : une affirmation plus que jamais d’actualité.

Et que je compte bien défendre.

Anaïs Lefaucheux
Critique & conseillère littéraire

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