L’étoile dansante (2023) – Maxime Dalle

Athanase aux semelles de vent

C’est un bien joli premier roman que nous propose Maxime Dalle, qui a fondé et dirige depuis quelques années la singulière revue « corsaire » Raskar Kapac. On sent dans son livre que souffle ce vent d’aventure, d’ailleurs, de large et d’exotisme, propre à ces vagabonds bondissants qui en peuplent les pages.

L’acte, c’est la vie (…). Je n’ai pas l’âme d’un spectateur.

Au fil du texte, le lecteur va croiser toute une équipée de manants, hors-la-loi et va-nu-pieds, qui font de la liberté et de la fantaisie d’exister des principes de vie. Athanase et Archibald en tête, deux comparses inséparables que le destin va bringuebaler de par le monde, éloigner sans jamais séparer, et sans que jamais leurs promesses d’amitié ne soient rompues. Maxime Dalle affectionne manifestement les « bromances », les expressions de la loyauté et de l’amitié virile, thèmes peu abordés de nos jours, aussi peu de saison que l’honneur ou le panache. Un roman qui fait appel aux pulsions de vie, à l’élan créateur et invite à l’action.

Faire vibrer son corps, c’est entretenir la jeunesse de son âme.

Mais ce qui m’a séduite avant tout, c’est l’écriture de Maxime Dalle, pleine « d’emportements et d’exaltation » à l’image de son personnage principal, une plume délicieuse, tendre et drôle, au classicisme virtuose et plein d’esprit, qui n’a pas été sans me rappeler Romain Gary, avec une touche de Boris Vian et de Jean Dutourd.

Un savoureux cocktail très français, subtil dosage acrobate de gravité et de légèreté, qui fait honneur aux belles lettres et sent son érudition de (très) grand lecteur. On perçoit à chaque ligne la joie qu’a mise le jeune éditeur à accoucher de ce roman picaresque et initiatique mettant en scène un héros funambule et anti-conformiste, Athanase, qui récuse « la race maudite des prescripteurs d’existence » et entend vivre comme bon lui chante.

Au fil de sa destinée pas comme les autres, entre cirque et cour des miracles, il va se lier avec de plusieurs bandes, cliques, tribus, familles de rue, comme si Athanase ne pouvait vivre seul, qu’il avait toujours besoin d’être entouré de ses mousquetaires pour se sentir vivant. Une âme qui a également soif d’aller au bout des expériences les plus extrêmes, pour espérer connaître l’inconnaissable, à l’image de ces séances mystiques de chamanisme qui l’emmèneront loin, explorer son « lointain intérieur ». Une séquence qui n’a pas été sans m’évoquer les échappées psychédéliques de Malcolm Lowry dans « Under the volcano ».

La dernière partie, terme de l’odyssée d’Athanase, lui offrira l’apprentissage de l’abandon, de la déréliction existentielle, loin de ce qu’il avait imaginé. Contraint aux deuils, aux renoncements, aux adieux sans remède. Soumis au désillement, à la chute des idéaux. Pourtant, malgré ses passages sombres (ou lucides!), ce roman brille par son idéal, son romantisme et la haute idée qu’il se fait des grands sentiments qui traversent le cœur de l’Homme.

Je me fiche de séduire. Je veux aimer.

« L’étoile dansante » est un roman bohème et philosophique qui synthétise, avec une joie contagieuse, les expériences humaines à travers une ébouriffante et virevoltante « vie à la diable », pleine de dialogues guillerets, qui dit avec grâce cette invincible enfance qui gît en chacun de nous.

Qui suis-je ? Voilà une question difficile à répondre.



Je suis une femme, une mère, une Française, une fille, une amoureuse, une attachée de presse freelance et aussi (et peut-être surtout) : je suis une lectrice. Les livres ont fait bien plus que m’accompagner, me tenir compagnie, bien plus que me sauver du désespoir. Ils m’ont façonnée, ils ont sculpté ma sensibilité, mon âme, ma culture. Ils m’ont faite telle que je suis, je suis le résultat vivant de mes lectures. Ils m’ont tout appris de la vie, de l’amour, des cahots du destin, du courage qu’il faut pour exister. Je pourrais vivre sans écrire, mais je ne pourrais pas vivre sans lire, j’appellerais ça vivre à moitié.

A l’époque difficile, tendance totalitaire, qui est la nôtre, les pages sont plus que jamais indispensables. En 1920 déjà, l’écrivain André Suarès prophétisait que le livre serait « le dernier refuge de l’homme libre » : une affirmation plus que jamais d’actualité.

Et que je compte bien défendre.

Anaïs Lefaucheux
Critique & conseillère littéraire

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