La force de l’anecdote
J’avais déjà adoré le tome 1, le tome 2 m’a enchantée.
On retrouve le petit Riad, adorable blondinet de 6-7 ans, qui doit trouver sa place dans une classe syrienne de la province de Homs. Ce qui m’a bluffée, c’est que finalement, L’arabe du futur n’est qu’une succession d’anecdotes personnelles, de souvenirs et de moments choisis – en famille, à l’école ou en vacances – qui parviennent à nous passionner car ils allient l’humour, la culture et la tendresse avec une vivacité incroyable.
Avec toujours ce subtil mais puissant sous-texte historico-politique, ce regard sociétal passionnant sur le régime d’Hafez-Al Assad et sur les pratiques religieuses en général : l’ensemble de cette BD, qui prouve la mémoire assez dingue de Sattouf, est une véritable réussite. Il faut voir l’embrigadement intellectuel, le conditionnement des gamins syriens dès le plus jeune âge, qu’on pousse à respecter aveuglément les préceptes religieux et à qui on inculque une chose essentielle : la haine du juif.
Il faut voir le paradoxe que Sattouf parvient à soulever avec un seul dessin : l’institutrice bigote (une merveille de sadisme), cheveux pudiquement rangés sous le voile, MAIS mini-jupe et talons aiguilles. Il faut voir la patriarcat de cette société, l’attitude des hommes entre eux, la culture du nettoyage du crime d’honneur, le machisme et le culte des signes extérieurs de richesse : tout est parfaitement rendu, montré et on réalise qu’on n’a finalement besoin de peu de choses pour comprendre le fonctionnement d’une culture.
Tout cela, Riad Sattouf l’a vu, l’a observé, vécu : la force de son témoignage n’en est que plus grande. J’ai évidemment fondu d’attendrissement devant ce petit bonhomme qu’on rejette, qu’on insulte, qui se précipite dans les jupes de sa maman, qui écoute tout ce que dit son père – un personnage absolument incroyable qui déborde d’humanité, d’imperfections, qui est assez chiant mais toujours exigeant pour son fils – et le regard qu’on sent du Riad adulte sur l’enfant qu’il fut… Vraiment bouleversant.
C’est simple, c’est une BD que vous ne pouvez pas lâcher, qui vous embarque complètement, que vous dévorez car elle vous instruit, vous émeut, vous fait sourire ou réfléchir. Les dessins sont extrêmement bien faits, j’adore les petites précisions fléchées de Sattouf sur certains détails, on suit avec passion son quotidien pas banal au sein de cette double culture pas toujours simple à gérer (ne serait-ce que l’apprentissage de la langue!) Bref, un témoignage précieux, très drôle, touchant, doublé d’une analyse socio-culturelle et historique très fine sur la Syrie (qui nous éclaire sur l’actualité) : à mettre entre toutes les mains !