Qui sait (2022) – Pauline Delabroy-Allard

Et moi, et moi, et moi…

C’est une plaisanterie, cette sous-rédaction de 5ème que Gallimard a publié dans sa collection Blanche ?

(Vous me direz, Foenkinos y est bien…)

Alors que j’avais encensé l’époustouflant premier « roman » de Pauline Delabroy-Allard (qui sentait l’autofiction à plein nez), je suis sortie consternée par l’indigence de ce deuxième texte qui donne donc une nouvelle fois raison à Victor Hugo- en effet, « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface ».

La situation initiale est déjà d’un ennui total. La narratrice- Pauline donc- est à mairie en train de poireauter pour déposer un dossier en vue de créer sa carte d’identité pour la première fois, à 30 ans, alors qu’elle est enceinte.
C’est fou, non ?
(Non, on s’en fout)

Avec un goût très pénible pour l’anaphore toutes les trois pages, Pauline se demande pourquoi le gars de la mairie n’est pas subjugué par la singularité de sa démarche, par son nom double (c’est vrai que c’est si rare), par ses trois deuxièmes prénoms (Jeanne, Jérôme (oui), Ysé – qui vont constituer la « clef de voûte » de « l’intrigue » du livre) pourquoi il ne lui pose pas de questions, c’est dingue, il ne s’intéresse pas à sa petite personne, mais quelle honte, comment ose-t-il.

Tout à l’ego.
Et tout est à l’avenant.

Pauline a sans doute pensé que ses aventures d’état civil allaient nous intéresser… Grossière erreur.
Non seulement le style est d’une platitude absolue (au point que je me suis demandé si c’était bien la même personne qui avait écrit « Ça raconte Sarah »), mais les situations décrites sont emmerdatoires et inintéressantes au possible.

Elle part faire du camping avec sa copine, n’arrive pas à gonfler les matelas, après ils ne rentrent pas dans la tente, heureusement elles croisent une nana qui a une autre tente, plus grande, c’est formidable, mais le lendemain galère encore pour dégonfler les trucs, alors Pauline cherche des tuyaux sur Google, passe chez ses grands-parents qu’elle n’a pas vu depuis des lustres, voit une photo de son arrière-grand-mère dont elle est porte l’un des prénoms, alors ça l’obsède, elle part en quête de réponses à ses questions, mais la famille garde jalousement ses secrets (dont nous n’avons cure), la mère est insupportable et agressive, bref c’est très pénible à lire.

Pénible, et cul-cul, aussi…

Les réflexions suscitées par la visite de la grotte sont tellement stupides…Ah oui, avant c’était dur donc les gens étaient courageux, maintenant on est des mous, dans notre confort.

Whaou.

Tant d’extralucidité et de subversion- c’est bouleversant.

L’ensemble est, de plus, très poseur, maniéré, artificiel dans son approche, on sent que Pauline a voulu bien faire mais c’est scolaire, attendu et académique.

Le pire, c’est que ça sent un peu la fausse sincérité, celle qui fait bien d’étaler pour faire genre on est fragile alors qu’en fait on s’adore et l’humilité, on connaît pas trop trop. On connaît si peu qu’on se permet de raconter sa petite vie d’inconnue, sa petite vie sans grand intérêt, en pensant que ça va faire de soi un écrivain. Pauline s’écoute écrire, syndrome « première de la classe »- « J’écris pour… J’écris pour…. »

Un livre appartenant à un genre que je qualifierais de « moi-personnellement-je-en-ce-qui-me-concerne » dont le nombrilisme et la pauvreté lexicale en font un ratage complet.

Je confesse ne pas l’avoir lu en entier (tellement chiant) mais 40 pages m’ont suffi pour saisir l’enjeu égocentré boursouflé de ce texte inutile, dont la presse et les réseaux sociaux nous ont rebattu les oreilles. La médiocrité trouve toujours un grand écho dans cette époque idiote.

Quand je pense que Gallimard s’est permis de refuser un chef d’œuvre de manuscrit que je leur ai amené d’un auteur qui a des choses à dire et une langue merveilleuse, pour publier ce genre de pensum dont on aura tout oublié dans… non, qu’on a DÉJÀ oublié, c’est affligeant.

À un moment donné, Pauline se dit :

« Je ne sais pas quoi faire de tout ça. »

Le garder pour toi, peut-être ?

Qui suis-je ? Voilà une question difficile à répondre.



Je suis une femme, une mère, une Française, une fille, une amoureuse, une attachée de presse freelance et aussi (et peut-être surtout) : je suis une lectrice. Les livres ont fait bien plus que m’accompagner, me tenir compagnie, bien plus que me sauver du désespoir. Ils m’ont façonnée, ils ont sculpté ma sensibilité, mon âme, ma culture. Ils m’ont faite telle que je suis, je suis le résultat vivant de mes lectures. Ils m’ont tout appris de la vie, de l’amour, des cahots du destin, du courage qu’il faut pour exister. Je pourrais vivre sans écrire, mais je ne pourrais pas vivre sans lire, j’appellerais ça vivre à moitié.

A l’époque difficile, tendance totalitaire, qui est la nôtre, les pages sont plus que jamais indispensables. En 1920 déjà, l’écrivain André Suarès prophétisait que le livre serait « le dernier refuge de l’homme libre » : une affirmation plus que jamais d’actualité.

Et que je compte bien défendre.

Anaïs Lefaucheux
Critique & conseillère littéraire

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