Une éducation libertine (2008) – Jean-Baptiste Del Amo

« Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or »

Ce roman pourrait être considéré comme un chef d’œuvre rien que pour son écriture, somptueuse, inspirée, nourrie, vivante, cruelle, terrible, absolument admirable.

Toutefois, en refermant ce très grand livre, je garde malgré tout un sentiment d’amertume face à ce personnage central – Gaspard – dont on suit le parcours et les méandres pendant plus de 400 pages. Car c’est au déploiement d’un destin sordide que nous assistons, au cœur du Paris de la fin du XVIIIème.

Un Paris sans doute mal connu de nos jours, une ville-monde d’une saleté, d’une pauvreté et d’une amoralité indicibles.. J’ai souffert avec ce Gaspard, je l’ai trouvé souvent écœurant, révoltant, d’une mélancolie immense, mais j’ai eu du mal à le prendre en pitié tant il se donne de mal pour grimper cette foutue échelle sociale au détriment de son âme.

Ce récit de boue, de sang, de larmes et de déjections en tous genres réussit tout de même le tour de force de devenir une sublime réflexion sur le monde, le destin et l’ambition.

L’auteur avait 26 ans à la sortie de ce texte qui était son premier roman : je ne suis qu’une admiration époustouflée.

Qui suis-je ? Voilà une question difficile à répondre.



Je suis une femme, une mère, une Française, une fille, une amoureuse, une attachée de presse freelance et aussi (et peut-être surtout) : je suis une lectrice. Les livres ont fait bien plus que m’accompagner, me tenir compagnie, bien plus que me sauver du désespoir. Ils m’ont façonnée, ils ont sculpté ma sensibilité, mon âme, ma culture. Ils m’ont faite telle que je suis, je suis le résultat vivant de mes lectures. Ils m’ont tout appris de la vie, de l’amour, des cahots du destin, du courage qu’il faut pour exister. Je pourrais vivre sans écrire, mais je ne pourrais pas vivre sans lire, j’appellerais ça vivre à moitié.

A l’époque difficile, tendance totalitaire, qui est la nôtre, les pages sont plus que jamais indispensables. En 1920 déjà, l’écrivain André Suarès prophétisait que le livre serait « le dernier refuge de l’homme libre » : une affirmation plus que jamais d’actualité.

Et que je compte bien défendre.

Anaïs Lefaucheux
Critique & conseillère littéraire

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