CalligraVie
Hatoko, dite « Poppo », vit à Kamakura, une petite ville du Japon, où elle tient la « papeterie Tsubaki » héritée de feue sa grand-mère (femme sévère appelée « L’Aînée ») (nous ne découvrirons son identité que dans le roman qui suit).
Hatoko est une femme discrète, solitaire et contemplative qui trouve sa raison de vivre dans le soin qu’elle apporte à la rédaction de lettres et cartes de toutes sortes. Car elle est aussi écrivain public : gens de partout viennent la consulter pour lui demander de prendre la plume à leur place pour dire ce qu’ils ont sur le cœur.
Poppo, forte de sa maïeutique et de son talent d’écoute, rencontre bien des âmes à travers son métier, dont elle a appris chaque geste de son aïeule. Elle accorde une attention tout particulière et méticuleuse au choix des outils, qu’il s’agisse du papier, de l’encre ou de l’instrument. Rien n’est laissé au hasard. Il se dégage de ce luxe de détails une grande beauté sensuelle, une poésie, une tranquillité remarquables.
Le personnage est aussi infiniment calme et silencieux, aime savourer un bol de thé vert et fumant en observant les changements de couleur de la flore au fil des saisons. Cette fine capacité d’attention est le fil rouge de chacune des œuvres d’Ito Ogawa, qui offre au lecteur un sentiment de douceur et d’apaisement (que l’on doit aussi à la sobre beauté de la traduction de Myriam Dartois-Ako).
Une grande importance est aussi accordée à la nourriture et aux repas, le plus souvent partagés, avec une poignée d’amis ou une voisine. Le moment de manger est un véritable cérémonial, célébré avec précision, respect et lenteur.
Il semble que Poppo soit aimée de tous. Elle qui n’a jamais connu de quelconque famille, hormis sa grand-mère, s’est recréé un cercle, un petit cocon de contacts rassurants qu’elle retrouve au quotidien.
Bien sûr, nous sommes au Japon et la spiritualité infuse chaque instant des journées des personnages, qu’il s’agisse d’autels à arranger chez soi, de temples à visiter ou de divinités à aller honorer en groupe.
J’avais déjà été très émue, en 2015, par ma lecture du « Restaurant de l’amour retrouvé », et je retrouve ici ce délicat hédonisme, cette poésie de chaque instant, cet humanisme pudique. Ce sont des livres qui font vibrer la corde de l’âme et diffusent un calme rare, comme une lecture-méditation.
L’édition française insère, en outre, fort joliment, des pages de lettres calligraphiées en japonais (kanji et autres harigana) qui apportent la touche de dépaysement et d’exotisme finale.
Je verse toujours une larme avec cet auteur, ça n’a pas manqué cette fois non plus : le récit s’achève par la rencontre entre Poppo et le veuf Mitsurô, dont la petite « QP » est déjà amie de la calligraphe.
Nous retrouverons ces personnages dans la suite de l’histoire, « La République du bonheur ».
Avec une formidable économie de moyens, ce roman procure un intense bonheur de lecture qui ne peut que toucher en plein coeur.




