La République du bonheur (2020) – Ito Ogawa

Le temps est bon…

Ce roman est la suite de « La papeterie Tsubaki ». Deux ans se sont écoulés entre les deux histoires. Nous retrouvons la calligraphe- écrivain public Poppo à Kamakura, toujours à la tête de sa petite entreprise (qui ne connaît pas la crise). Mais quelque chose (et non des moindres) a changé dans sa vie : la jeune femme s’est mariée avec Mitsurô, et est devenue la mère adoptive de l’adorable « QP », âgée aujourd’hui de 7 ans.

Le roman va tourner autour de leur quotidien familial, de l’installation du marié chez sa femme, du changement de local de son café, de leurs balades et repas entre amis, le tout toujours aussi tendre, doux et joyeux – reflet parfait et emblématique de la sensibilité et de la poétique extrême-orientale. Une sagesse de chaque seconde. 

Poppo va également rencontrer sa belle-famille, un événement pour celle qui n’en avait guère. Les irruptions intempestives de « Lady Baba », une femme manifestement perturbée et marginale qui prétend être la mère de Poppo, sont également au coeur de ce roman. Centrale aussi la présence/ absence de la première femme de Mitsurô, dont Poppo se sent étrangement proche. C’est le roman de la gratitude, de la réconciliation et du pardon pour ce personnage qui va devoir apprendre à faire la paix avec son passé.

J’ai retrouvé dans « La République du bonheur » tout ce qui fait le charme et le sel des romans de cette romancière japonaise : la délicatesse absolue, la pudeur, le goût pour les mets simples et fins soigneusement pensés et préparés, la gourmandise, l’élégance, la sobriété, la poésie, la chaleur humaine, l’empathie permanente.

On est heureux de retrouver Madame Barbara, la voisine, le Baron et Panty qui viennent d’être parents… On se sent reconnaissant d’être conviés à leur table, on aurait vraiment envie d’y être vraiment et de goûter le nouveau « curry au chinchard pané » de Mitsurô. On voudrait aussi les accompagner dans leurs promenades-hommages aux divinités, admirer les paysages merveilleux qui les entourent. Ito Ogawa sait formidablement parler de la Beauté, qui semble être partout, tout le temps, tant qu’on sait « voir avec le cœur ». Le tout, sans effets de manche, avec une sobriété éclatante, une pureté qui « nettoie » et calme le coeur et l’âme.

Sans être grands textes littéraires (malgré les magnifiques traductions de Myriam Dartois-Ako), sans qu’il se passe grand chose qu’un tendre quotidien plein de douceur, les romans de cet auteur sont des sortes de méditations pour le lecteur. Une ode au bonheur en famille et entre amis, une invitation à jouir pleinement des moments les plus simples.

Des textes qui communiquent une « immense sensation de calme » à travers cette capacité du personnage principal à « l’enchantement simple » (pour reprendre les titres de Laurine Roux et Christian Bobin) : je ne peux que les conseiller avec le plus grand enthousiasme ! 

Qui suis-je ? Voilà une question difficile à répondre.



Je suis une femme, une mère, une Française, une fille, une amoureuse, une attachée de presse freelance et aussi (et peut-être surtout) : je suis une lectrice. Les livres ont fait bien plus que m’accompagner, me tenir compagnie, bien plus que me sauver du désespoir. Ils m’ont façonnée, ils ont sculpté ma sensibilité, mon âme, ma culture. Ils m’ont faite telle que je suis, je suis le résultat vivant de mes lectures. Ils m’ont tout appris de la vie, de l’amour, des cahots du destin, du courage qu’il faut pour exister. Je pourrais vivre sans écrire, mais je ne pourrais pas vivre sans lire, j’appellerais ça vivre à moitié.

A l’époque difficile, tendance totalitaire, qui est la nôtre, les pages sont plus que jamais indispensables. En 1920 déjà, l’écrivain André Suarès prophétisait que le livre serait « le dernier refuge de l’homme libre » : une affirmation plus que jamais d’actualité.

Et que je compte bien défendre.

Anaïs Lefaucheux
Critique & conseillère littéraire

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