Auprès de moi toujours (2006) – Kazuo Ishiguro

La maison du sommeil

(J’emprunte ici le titre du remarquable roman de Jonathan Coe, qui me semble particulièrement approprié pour exprimer le caractère soporifique de l’œuvre qui va suivre)

À entendre ceux qui l’avaient lu, on avait là le déchirant chef d’œuvre du siècle. Certains l’avaient lu plusieurs fois, l’emmèneraient sur une île déserte, l’avaient souvent offert aussi. On me disait de préparer mes mouchoirs. Immense était donc mon impatience à rejoindre le cortège lacrymal et bouleversé des fans de ce roman.

Et puis, je l’ai lu et je n’ai pas compris : avais-je bien lu la même chose ? Était-ce la faute de la version française, de sa froideur, de son caractère terne ? Rarement me suis-je autant ennuyée en lisant un bouquin. Je peine, que dis-je, je LUTTE à finir les dernières pages, avec l’envie pressante de passer à autre chose au plus vite. Je n’en peux plus de cette histoire où il ne se passe rien, absolument RIEN. Où aucun personnage n’est attachant ou intéressant. Où on fait des caisses et des caisses de broutilles qui ne présentent pas d’intérêt pour le lecteur.

L’idée de départ du scénario n’était pourtant pas mauvaise, une espèce d’établissement qui élève des humains clones dont le destin est de devenir des « donneurs » ou des « accompagnants ». Sauf que leur quotidien dans le très british « Hailsham » est chiant à mourir. Le moindre événement (ou plutôt non-événement) se transforme en tremblement de terre et s’étire sur des pages et des pages. Ça ratiocine et ça blablate sur un rien, pour rien. La narratrice, Kath, et ses comparses Tommy et Ruth, ne parlent de rien mais de ce rien, font des pataquès interminables. Difficile à expliquer mais par exemple, il y a une histoire de dessins. Le prof dit à l’un d’eux (qui se sent nul en la matière) que ce n’est pas si grave de ne pas être créatif. Cette simple phrase va les traumatiser, susciter colère, peur, mystère, ça devient en presque un tabou, on ne voit pas pourquoi ils font un drame, une tragédie de la moindre phrase ou se la moindre situation banale. En vérité, il ne se passe rien et on s’emmerde à chaque instant. Tout est grossi à l’extrême pour remplir le vide.

La narratrice retrouve une cassette de musique qu’elle aimait ado, des années après. On va nous bassiner des pages avec ça. Un échange de regards entre deux personnages fait l’objet de questionnements sans fin. C’est tout bonnement insupportable de vide et d’absence d’action et de scénario. Des années après, le trio se retrouve et ils vont voir la carcasse d’un bateau dans une forêt. La route en voiture, la position de chacun, chaque regard est décrit, chaque geste, ça ne sert à rien, mais il faut remplir les pages. L’une va dire un truc anodin, l’autre va réagir avec joie ou colère de manière totalement inexplicable. Il n’y a pas l’ombre d’une trace de psychologie ni de caractérisation des personnages. Leur vie est sans intérêt et rien ne m’a touchée. Je ne peux pas dire combien de fois j’ai exprimé à voix haute mon exaspération, ai soufflé et pesté face à tant de vacuité abyssale. Je ne comprends pas où ni quand on peut trouver de l’émotion.

Ce roman est totalement creux et inauthentique. Un tel foutage de gueule m’a énervée au plus haut point. Je n’ai évidemment pas vu l’adaptation ciné mais je ne vois pas comment ni avec quoi ils ont pu remplir une bobine de 2h. Impression de me faire balader et de perdre mon temps.

Next !

Qui suis-je ? Voilà une question difficile à répondre.



Je suis une femme, une mère, une Française, une fille, une amoureuse, une attachée de presse freelance et aussi (et peut-être surtout) : je suis une lectrice. Les livres ont fait bien plus que m’accompagner, me tenir compagnie, bien plus que me sauver du désespoir. Ils m’ont façonnée, ils ont sculpté ma sensibilité, mon âme, ma culture. Ils m’ont faite telle que je suis, je suis le résultat vivant de mes lectures. Ils m’ont tout appris de la vie, de l’amour, des cahots du destin, du courage qu’il faut pour exister. Je pourrais vivre sans écrire, mais je ne pourrais pas vivre sans lire, j’appellerais ça vivre à moitié.

A l’époque difficile, tendance totalitaire, qui est la nôtre, les pages sont plus que jamais indispensables. En 1920 déjà, l’écrivain André Suarès prophétisait que le livre serait « le dernier refuge de l’homme libre » : une affirmation plus que jamais d’actualité.

Et que je compte bien défendre.

Anaïs Lefaucheux
Critique & conseillère littéraire

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