Impossibles adieux (2021) – Han Kang

Sur les ossements des morts

(J’emprunte le titre de l’excellent roman d’Olga Tocarzuk qui me semble particulièrement approprié)

Je referme avec un certain soulagement ces « Impossibles adieux » de la coréenne Han Kang, non seulement parce que le sujet est lourd mais aussi parce que je commençais vraiment à m’ennuyer.

La quatrième est pourtant alléchante : une jeune femme est chargée par une amie à l’hôpital d’aller sauver l’oiseau qu’elle a laissé derrière elle sur son île. En plein hiver. En pleine tempête de neige. Les deux femmes ne se sont plus contactées depuis des années. Inseon, qui est à l’hôpital pour une grave blessure au doigt, est par ailleurs réalisatrice de documentaires. Elle a porté plusieurs projets de documentaires historiques qui prennent appui sur l’histoire (tragique) de sa propre famille. Son amie, une femme solitaire et dépressive, accepte d’aller sauver le perroquet de son amie, ignorant dans quelle hivernale épopée elle s’engage. Elle finit pourtant par atteindre la petite maison d’Inseon mais les choses vont prendre une tournure surnaturelle et devenir assez opaques pour le lecteur, il faut bien le dire.

L’écriture de la romancière se focalise beaucoup sur les éléments naturels, notamment la neige, omniprésente, la flamme d’une bougie, les ombres, le silence, la forêt, la moindre branche, tout est décrit à l’infini et avec une certaine redondance. Si cela a pu me paraître poétique et délicat (et ça l’est) ça a fini par me barber.

Le roman s’attache ensuite, via des passages en italique, à relater des témoignages dramatiques (notamment de la mère d’Inseon) qui ont eu lieu durant la guerre de Corée, sur l’île de Jeju en 1948. Il sera surtout question de fusillades arbitraires et de charniers dans une mine de cobalt. De personnes disparues à jamais. De femmes et d’enfants sacrifiés. De corps jetés dans un puits. D’un oncle aimé dont on ne saura jamais ce qu’il est devenu. D’une mémoire sanglante et de deuils impossibles. De traumatismes collectifs ineffaçables.

On est évidemment touché par cette histoire en forme d’hommage pour ne pas oublier mais j’ai trouvé que l’ensemble traînait un peu en longueur et m’a fait bâiller trop souvent. La quasi absence de dialogues rend également les choses pesantes.

Sentiment en demi-teinte, donc.

Qui suis-je ? Voilà une question difficile à répondre.



Je suis une femme, une mère, une Française, une fille, une amoureuse, une attachée de presse freelance et aussi (et peut-être surtout) : je suis une lectrice. Les livres ont fait bien plus que m’accompagner, me tenir compagnie, bien plus que me sauver du désespoir. Ils m’ont façonnée, ils ont sculpté ma sensibilité, mon âme, ma culture. Ils m’ont faite telle que je suis, je suis le résultat vivant de mes lectures. Ils m’ont tout appris de la vie, de l’amour, des cahots du destin, du courage qu’il faut pour exister. Je pourrais vivre sans écrire, mais je ne pourrais pas vivre sans lire, j’appellerais ça vivre à moitié.

A l’époque difficile, tendance totalitaire, qui est la nôtre, les pages sont plus que jamais indispensables. En 1920 déjà, l’écrivain André Suarès prophétisait que le livre serait « le dernier refuge de l’homme libre » : une affirmation plus que jamais d’actualité.

Et que je compte bien défendre.

Anaïs Lefaucheux
Critique & conseillère littéraire

Rester en contact

Restez informé·e !
Chaque semaine, retrouvez mes coups de cœur du moment, trouvailles, rencontres et hasards littéraires qui offrent un supplément d'âme au quotidien !