Aux frontières du réel
J’écris une petite chronique sur ce livre avant d’être trop absorbée par le suivant pour me rappeler les sentiments qu’il a suscités.
Je suis de plus en plus amatrice de Murakami : depuis la révélation du « Meurtre du Commandeur », je pense être désormais mordue. Je retrouve ici, dans ce dernier roman en date, les thèmes chers à l’auteur : l’amour impossible et sa cicatrice mais aussi la frontière ténue qui sépare le rêve de la réalité, la réalité du monde ‘surnaturel’. Il y a chez Murakami quelque chose d’un ‘réalisme magique’ à la japonaise très réussi, qui fait converser vivants et morts en toute détente, passer d’un monde à l’autre sans grande difficulté, agir étrangement les personnages sans que personne ou presque ne s’en étonne.
J’ai retrouvé dans le personnage principal bien des traits communs avec celui du ‘Meurtre du Commandeur’ : tous deux sont des individus qui veulent « recommencer » leur vie à zéro, tout reprendre dans un endroit lointain et inconnu – pour des raisons différentes mais tout de même. Ici, c’est un drame ancien, latent et lancinant qui parasite le protagoniste, qui ne s’est jamais remis de la disparition subite de la jeune fille qu’il aimait à l’âge de 17 ans.
Celle-ci s’est littéralement volatilisée et, pour espérer la retrouver, celui-ci devra, tel Alice au pays des merveilles, traverser bien des miroirs. L’individu candidate pour diriger une bibliothèque dans le fin fond d’une province inconnue, il y rencontre le directeur (le surprenant M. Koyasu et son accoutrement décalé), une poignée de personnages (très peu).. Chez Murakami, les personnages n’échappent jamais à une forme de solitude existentielle. Mais ce que j’aime aussi (et surtout) chez lui, c’est la douceur, la lenteur, le caractère contemplatif et épuré des habitudes : l’homme se prépare un bon dîner (nous en avons les détails), se sert un verre de chablis, se plonge dans un livre ou écoute du classique, au matin déguste un muffin tiède aux myrtilles avec un café dans le bar du coin, finit par sympathiser avec la propriétaire..
C’est toujours tendre, léger et profond à la fois, comme un paysage de neige (si bien décrite d’ailleurs). Les dialogues sont intelligents sans forfanterie, on parle littérature, musique mais aussi mystères autour de la disparition d’un jeune manifestement autiste…
Le roman tourne autour de la question des ‘murs’ (en soi ou hors de soi), du rêve, de l’imagination, des potentialités de l’esprit mais aussi de la grâce des rencontres inattendues et de ce qui peut naître d’un nouveau départ… Malgré certaines longueurs (le livre est dense), j’ai passé un très bon moment et recopié bien de belles phrases.
Je recommande chaudement !




