L’amie prodigieuse (2011) – Elena Ferrante

Tarte napolitaine

Le voilà donc, le phénomène éditorial de 2011, qui a rencontré un tel succès et jeté le doute sur l’identité de son auteur (finalement, il semblerait que ce soit un journaliste napolitain).

Je lui ai fait un sort, voulant me faire une idée et ce fut laborieux. Je ne me suis pas du tout attachée aux personnages, à aucun moment, que ce soit Lenù la narratrice et évidemment Lina, la fameuse « amie prodigieuse » du titre (qui n’a RIEN de prodigieux).

Une gamine bizarre, violente, méchante, illisible de bout en bout. Toute une galerie de personnages et de familles gravite autour des fillettes inséparables, dans les quartiers populaires de Naples des années 60. J’ai confondu tous les protagonistes de l’intrigue, ne réussissant qu’à bien peu m’intéresser à leurs histoires et leurs rivalités. Seul le passage sur les vacances sur l’île d’Ischia, dont l’atmosphère m’a étrangement rappelé « Le blé en herbe » de Colette, m’a séduite mais le reste m’a été indifférent ou pénible (sans parler de la tentative pédophile du père de famille).

L’atmosphère générale est assez noire, crasseuse et plutôt
misérable. La vie quotidienne des acteurs du récit n’est pas intéressante. Ça manque de liant. Les bandes rivales, le choix de rester à l’école ou de la quitter, les amourettes adolescentes et les questions de milieu social m’ont semblé sans grande saveur ni originalité.

Bref, un roman qui m’a ennuyée dans les grandes largeurs et dont je ne parviens pas à m’expliquer le succès populaire.

Qui suis-je ? Voilà une question difficile à répondre.



Je suis une femme, une mère, une Française, une fille, une amoureuse, une attachée de presse freelance et aussi (et peut-être surtout) : je suis une lectrice. Les livres ont fait bien plus que m’accompagner, me tenir compagnie, bien plus que me sauver du désespoir. Ils m’ont façonnée, ils ont sculpté ma sensibilité, mon âme, ma culture. Ils m’ont faite telle que je suis, je suis le résultat vivant de mes lectures. Ils m’ont tout appris de la vie, de l’amour, des cahots du destin, du courage qu’il faut pour exister. Je pourrais vivre sans écrire, mais je ne pourrais pas vivre sans lire, j’appellerais ça vivre à moitié.

A l’époque difficile, tendance totalitaire, qui est la nôtre, les pages sont plus que jamais indispensables. En 1920 déjà, l’écrivain André Suarès prophétisait que le livre serait « le dernier refuge de l’homme libre » : une affirmation plus que jamais d’actualité.

Et que je compte bien défendre.

Anaïs Lefaucheux
Critique & conseillère littéraire

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