Vie et mort d’une passion
Lucile est avec Charles, Antoine vit avec Diane.
Les couples vivent une vie mondaine et insouciante, voguant de dîners chics en galas sophistiqués, chacun entretenant son partenaire. Lucile est une femme-enfant oisive qui refuse de travailler, Antoine démarre tout juste une petite activité dans l’édition. Dans les deux cas, il y a une question de génération, Lucile et Antoine sont plus jeunes que leurs compagnons. Cette disproportion d’âge et d’argent sera au coeur du roman « La chamade » de Françoise Sagan publié en 1965 et adapté quelques années plus tard au cinéma par Alain Resnais (avec Catherine Deneuve dans le rôle principal).
Lors d’un dîner, les deux « jeunes » vont s’amouracher et démarrer une aventure clandestine, dans le dos de leur partenaire, avec tout l’excitant piment qu’on imagine et qui est bien exprimé par une Sagan plus sentimentale que jamais. Charles fait néanmoins preuve d’une grande tolérance quant à la séduction qui s’exerce entre sa compagne et le bel Antoine et accepte volontiers qu’elle finisse par le quitter. Il a la certitude qu’elle finira par lui revenir.
Les deux tourtereaux passionnés (et comme le désir et la passion naissante sont bien décrits) vont s’installer ensemble dans un minuscule appartement mais bien vite, des questions matérielles vont se poser. Lucile s’essaie mollement et sans conviction aucune à la vie professionnelle mais ne tient que quelques jours. Elle ne supporte pas de faire le moindre effort et d’évoluer au milieu de la foule citadine des esclaves du bus ou du métro. Sa riche vie oisive de voyages et de visons lui manque. En fait, elle n’aime rien tant que lire et cloper en attendant le retour d’Antoine. Mais bien vite, le désir s’essouffle, sous la double poussée du manque de fric et d’admiration de part et d’autre.
Le roman se divise en plusieurs saisons, qui sont autant de phases de vie et de déclin de la passion du duo. Classique mais efficace.
Lucile finit par tomber enceinte d’Antoine et va se faire avorter avec l’argent de Charles.. qui la récupère quelque temps après, comme il l’avait prophétisé. Pauvre homme. Ce que l’amour nous fait accepter.
C’est donc un roman sentimental mais assez cynique et dramatique dans ses conclusions, avec une femme immature et velléitaire, incapable d’indépendance, à la fois éprise de liberté et d’absence de responsabilités mais incapable d’y pourvoir par elle-même.
Personnellement, elle m’a agacée mais je voyais très bien Deneuve cuvée 70’s (ambiance « Belle de jour ») incarner cette fascinante potiche. Sagan est particulièrement douée pour analyser les turbulences du coeur ému, envahi, obsédé puis sceptique déçu et résigné.
« Il ne comprend pas encore que ce qui fait la force d’une femme, c’est la raison pour laquelle les hommes l’aiment, même si cela couvre le pire. »
Très bien vu.




