No one saw a thing (2023) – Andrea Mara

Faye Runaway

(Je suis assez fière de mon titre, qui n’aurait pas démérité dans des colonnes anglo-saxonnes, je pense !)

Bon, voilà un roman qui ne me laissera pas une trace indélébile ni ne révolutionnera la littérature (ce n’en est guère de toute façon) mais « No one saw a thing » d’Andrea Mara se lit toutefois avec plaisir, je ne dirais pas le contraire (surtout en anglais, quel bonheur !).

Bien entendu, le récit se vautre dans bien des écueils et nous rencontrons inévitablement toujours les mêmes constructions attendues dans ce type de thriller : chapitres courts s’achevant sur un « cliff hanger », beaucoup de dialogues, rebondissements factices, fausses pistes et fin décevante. Comme dans les romans de Freida McFadden, par exemple.

L’idée de départ du scénario est glaçante : Sive, une mère de famille empêtrée dans la foule, sa poussette et ses 3 enfants en bas âge dans le métro londonien, voit les portes se refermer sur ses deux filles, Bea et Faye, âgées de 2 et 6 ans. Elle reste sur le quai, dans la panique qu’on imagine. Panique qui prend une tournure nouvelle quand, à la station suivante, on ne retrouve que la plus jeune. Faye, l’aînée, a disparu.

Le weekend de retrouvailles sympathiques avec la bande d’amis de son avocat de mari, Aaron, va vite se muer en asphyxiant cauchemar. L’histoire avance sur fond d’allées et venues permanentes entre le présent d’actualité (la disparition de Faye et l’enquête policière) et les quelques jours qui ont précédé, soit le weekend avec les amis (mais aussi des flash-back de 15 ans d’âge). Le groupe d’amis qui s’est bien connu à l’université est désormais en âge de faire carrière et l’on sent que cette question est au coeur de leurs relations. Au centre névralgique de la bande, l’avocat très en vue Aaron cristallise certaines rancœurs, et le décès tragique de son ex dans des circonstances troubles n’aide en rien. Le weekend à Londres sera l’occasion de réactualiser certaines problématiques, de réactiver de vieux ressentiments et de ressortir des dossiers qu’on croyait clos.

Andrea Mara explore avec un certain talent les rivalités et jalousies amicales, le poids de l’image renvoyée aux autres, la concurrence machiste et testostéronée des salaires. Tout cela m’a fait soupirer infiniment, car il n’est rien de plus éloigné de ma personnalité que ces considérations mais j’ai jugé tout cela fort pertinent, vif et bien mené (une sacrée brochette de connards, ai-je pensé)

Les enquêteurs sont tous sur le pont, et les amis aussi (du moins le pense-t-on), pour retrouver la petite Faye saine et sauve. Une véritable course contre la montre s’enclenche, à mesure que les heures de la journée défilent et que les fausses pistes s’accumulent. Enlèvement lié à une affaire d’Aaron? Disparition crapuleuse ? Ou doit-on chercher plus près ?

Dans ce thriller où « tout le monde ment », où Sive confesse que même son mari est « un étranger », tous les possibles sont envisageables et l’on tourne les pages avidement, en quête de résolution.

Un roman « Netflix » de plus, un page-turner efficace sur le moment mais dispensable et oubliable : tel est ce « No one saw a thing » signé Andrea Mara.

PS : J’ai aimé que l’édition Penguin inclue quelques pages de son prochain thriller à la fin.. très malin question marketing. 

Qui suis-je ? Voilà une question difficile à répondre.



Je suis une femme, une mère, une Française, une fille, une amoureuse, une attachée de presse freelance et aussi (et peut-être surtout) : je suis une lectrice. Les livres ont fait bien plus que m’accompagner, me tenir compagnie, bien plus que me sauver du désespoir. Ils m’ont façonnée, ils ont sculpté ma sensibilité, mon âme, ma culture. Ils m’ont faite telle que je suis, je suis le résultat vivant de mes lectures. Ils m’ont tout appris de la vie, de l’amour, des cahots du destin, du courage qu’il faut pour exister. Je pourrais vivre sans écrire, mais je ne pourrais pas vivre sans lire, j’appellerais ça vivre à moitié.

A l’époque difficile, tendance totalitaire, qui est la nôtre, les pages sont plus que jamais indispensables. En 1920 déjà, l’écrivain André Suarès prophétisait que le livre serait « le dernier refuge de l’homme libre » : une affirmation plus que jamais d’actualité.

Et que je compte bien défendre.

Anaïs Lefaucheux
Critique & conseillère littéraire

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